Le yoga au temps de la COVID19

Le yoga au temps de la COVID19, un chemin de résilience

La réflexion qui suit à été rédigée par Ysé Tardan-Masquelier au nom de la Fédération Nationale des Enseignants de Yoga (FNEY). Nous la remercions de nous autoriser à la publier dans le blog de l’EFY.

 

Ysé Tardan Masquelier, Historienne spécialiste de l’hindouisme, Directrice du DU Cultures et Spiritualités d’Asie à l’Institut Catholique de Paris, Cocréatrice du « Labo du corps » à l’EFY en partenariat avec l’EHESS. Auteure de plusieurs ouvrages à découvrir.

 

Le yoga au temps de la COVID19, un chemin de résilience

par Ysé Tardan Masquelier

 

Le confinement du printemps dernier a bouleversé nos repères, juxtaposant les expériences paradoxales.
Il nous a ôté notre droit à aller et venir, mais nous a offert de découvrir ou de faire grandir une liberté intérieure. Il nous a protégés et angoissés, isolés et incités à inventer d’autres formes de relation.
Depuis le déconfinement, nous avons plongé dans une réalité ambiguë, incertaine : les recommandations en vigueur aujourd’hui seront peut-être modifiées demain, il nous faut agir à court terme tout en pensant le long terme, répondre à l’urgence du présent tout en saisissant la chance qui nous est donnée de vivre et de réfléchir autrement. D’une certaine manière, la vie est redevenue ce qu’elle a toujours été : imprévisible, risquée, fragile. Une vérité qui heurte frontalement nos idéaux contemporains de progrès, de maîtrise, de planification.

 

 

Mal-être individuel et collectif

 

Traverser ces situations, affronter ces ressentis contradictoires, peut s’avérer difficile, douloureux même, sur le plan physique aussi bien que psychique. Ainsi la sédentarité liée aux confinements ou au télé-travail favorise-t-elle l’apparition de pathologies chroniques (diabète, hypertension, surpoids…), mais aussi de ce qu’il est convenu d’appeler les risques psycho-sociaux (fatigue, dépression, troubles de la concentration, du sommeil…), dont les pouvoirs publics, les médecins, les entreprises craignent l’augmentation dans les mois à venir.

Une telle situation accentue aussi, hélas, les inégalités.

Les témoignages de ce mal-être individuel et collectif se multiplient, faisant surgir une question cruciale : Comment transformer ce temps d’effondrement en prélude à une renaissance ? Où trouver nos points d’appui ?

 

Le yoga facilite l’exploration personnelle

 

Enseignants de yoga, il nous semble pour notre part que nous disposons de ressources particulièrement précieuses pour répondre à cette question, à la fois sur le plan du corps et sur celui de l’esprit.

Bien au-delà des clichés dont peut souffrir encore l’image de cette discipline, le yoga, pratiqué par près de 3 millions de personnes en France, s’avère un recours salutaire, grâce aux valeurs dont son histoire et sa pédagogie sont porteuses.

 

Les valeurs du yoga

 

Le yoga est né dans une culture qui avait un autre rapport que la nôtre au corps et au monde. Dans l’Inde ancienne, l’organisme humain est un « petit monde » en continuité avec le « grand corps » que constitue la nature ; un même souffle anime l’un et l’autre, et au rythme de la respiration, le monde du corps et le corps du monde entrent en résonance, reliant chacun à plus vaste que soi.

Ainsi les valeurs du yoga sont-elles par définition holistique : pourquoi ne pas s’en inspirer pour vivre avec une conscience plus fine de notre place dans le monde et de celle des autres vivants, dans leur environnement minéral et végétal ?
Le yoga s’inscrit d’autant mieux dans notre temps qu’il prône une véritable écologie du corps et de l’esprit.

 

Il importe aussi de souligner qu’il ignore la dualité corps/esprit : ainsi les postures s’exercent sur un plan global qui restaure un sentiment d’unité.

 

Apprendre à se tenir debout fermement et sans tension, c’est construire un axe, un point d’appui, un enracinement, qui évitent de se laisser trop déstabiliser par les oscillations contraires auxquelles l’imprévisible nous soumet. S’asseoir et calmement respirer, c’est déposer notre charge pour retrouver un espace intérieur de silence ; cette pratique, qui s’éprouve dans le corps, introduit à une présence à soi dans l’ici et maintenant, atténuant les anticipations ou les fantasmes d’impuissance, si perturbants.

 

Le yoga affine une présence au cœur de la société

 

On parle beaucoup en ce moment de responsabilité individuelle : là encore le yoga, loin des idées reçues, invite à un engagement réfléchi, bienvenu en cette période propice aux excitations et aux injonctions contradictoires.

Sur le tapis, il apprend la vigilance attentive à ses propres émotions, le lâcher-prise, le recentrage et la distance nécessaires pour poser une action ajustée et empathique. Ce n’est pas un mince avantage que de faire l’expérience qu’un retour à soi puisse devenir la source d’une éthique ouverte et altruiste. Rappelons qu’un grand texte indien, la Bhagavad Gîtâ, questionnait déjà il y a deux millénaires le rapport entre la guerre, la crise de conscience qu’elle déclenche et la possibilité d’un engagement dans l’action.

 

Ni fuite, ni indifférence, encore moins méthode Coué, la pratique du yoga affine une présence au cœur de la société.

 

D’ailleurs, on ne fait jamais du yoga tout seul. D’abord parce que cette discipline a toujours reposé sur des transmissions orales au sein de communautés de maîtres et de disciples. Ensuite parce qu’elle réunit aujourd’hui, dans des cours de préférence en présentiel (sauf cas de force majeure comme lors des/de ces semaines de confinement), des personnes de tous milieux, de toutes conditions, de tous âges… Certes chacun s’exerce entre les quatre coins de son tapis, dans une intimité irréductible, mais, au fil de l’assiduité et d’un souffle partagé, il va se couler dans un rythme commun créant une accordance qui tisse une relation, dans sa dimension la plus essentielle.

 

Recevoir, transmettre le yoga

 

Comme on peut le constater, le yoga propose bien plus qu’une simple mobilisation du corps, même si cet apport est en soi très intéressant. Il faut donc insister sur la formation de celles et ceux qui ont la responsabilité de le transmettre. Se défiant des effets de mode, appuyant les techniques posturales et respiratoires sur des bases solides en anatomie et physiologie, alliant la connaissance des sources textuelles indiennes à une réinterprétation adaptée à notre temps, respectant une déontologie stricte, cette formation, longue, est aussi et surtout transformation.

Elle exige de cultiver l’observation, l’écoute, l’adaptation, dans une démarche où le professionnalisme et la dimension humaine se conjuguent.

 

Pour conclure, dans une société qui, plus que jamais, a besoin de reprendre son souffle, nous pensons que le yoga, dans sa dimension corporelle et spirituelle, peut incarner ici et maintenant des valeurs dont le monde a impérativement besoin pour se réinventer et respirer, de nouveau, à l’unisson.

 

Rencontrons-nous lors d’une porte ouverte

 

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