Réunion d’ascètes et de yogis autour d’un feu

Exposition « YOGA. ASCÈTES, YOGIS, SOUFIS »

Musée Guimet, Paris, 2 FÉVRIER – 2 MAI 2022

 

Une exposition sur le yoga dans un musée national, c’est une première !

 

Et celle-ci nous réserve bien des surprises…

Tout d’abord, par sa richesse : 70 œuvres, souvent de petits formats, comme ces miniatures dont l’Inde médiévale est si généreuse, mais que la disposition adoptée permet d’apprécier de près. Des œuvres très diverses également, puisqu’aux côtés des peintures, les mieux représentées, le visiteur pourra contempler des sculptures sur bois ou des bronzes.

Par sa thématique, ensuite, résolument tournée vers des aspects essentiels de l’ascèse. Le visiteur rencontre pour commencer le dieu Shiva, Mahayogin et figure archétypale pour tous les yogis. Les miniatures qui campent son rôle essentiel dans la mythologie hindoue introduisent certaines pratiques ascétiques surprenantes.

Des exercices que l’on rencontre toujours aujourd’hui en Inde, comme sur ce panneau de char où l’ascète, dans une posture difficile, est entouré de cinq feux dont il lui faut supporter la chaleur intense. Mais ce type de représentation reste exceptionnelle dans l’exposition, car elle appartient plus au répertoire du tapas, de l’ardeur héroïque, des austérités extrêmes, qu’à celui du yoga.

 

Yogi pratiquant l’ascèse des cinq feux

Yogi pratiquant l’ascèse des « cinq feux »
Panneau de char de procession Inde, Tamil Nadu, 18e siècle Bois de teck
33,5 × 15 × 9 cm
Paris, MNAAG, don G. Jouveau-Dubreuil (1913),
MG 16775
© RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

 

 

Sages et princes dans la paix des ashrams

Ce qui frappe, en effet, c’est l’atmosphère paisible et l’environnement champêtre dans lesquels vivent les ascètes : paysages arborés et fleuris, animés au loin par des collines, lieux paradisiaques où se nichent des ermitages… Maîtres et disciples s’y côtoient avec simplicité, s’exerçant aux postures, méditant en assise, étudiant les textes à partir de quelque manuscrit posé sur les genoux, ou recevant d’illustres visiteurs, princes et même empereurs.

 

Saint homme et ses disciples étudiant texte sacré

Saint homme et ses disciples étudiant un texte sacré
Attribué à Govardhan
Page du Late Shah Jahan Album
École moghole, vers 1630-1635
Gouache et or sur papier
38 × 26,5 cm
Paris, MNAAG, achat (1960), MA 2471
© RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Michel Urtado

 

De vitrines en panneaux muraux, se succèdent des scènes qui témoignent d’aspects centraux de la culture indienne : un prince – un empereur moghol, même ! – rend visite à un maître dans son ashram et s’incline humblement devant lui, illustrant la prééminence de la puissance spirituelle sur le pouvoir politique. Des yoginis rappellent que les femmes adeptes du yoga étaient rares mais ont existé. Une étonnante peinture longue de près de deux mètres montre vingt-neuf yogis dans des postures différentes ; elle provient du Cabinet de Curiosités de la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris, et a peut-être été importée par un marchand français au début du XVII° siècle, pour le compte du grand humaniste Fabri de Peiresc, qui se passionnait pour les cultures d’Orient. Difficile de savoir quel a pu être son usage… En tout cas, elle illustre un magnifique répertoire postural.

 

La visite à l’ascète

La visite à l’ascète
Page de l’album Ardeshir
École moghole, seconde moitié du 17e siècle
Gouache sur papier
17 × 11,8 cm
Paris, musée du Louvre, département des Arts de l’Islam, achat (2015), MAO 2284
© Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Benjamin Soligny / Raphaël Chipault

 

La fascination des empereurs moghols pour les yogis

Temps fort de l’exposition, douze portraits de yogis en postures assises ou en train de pratiquer des exercices de pranayama. Ils comptent parmi les plus anciens témoignages illustrés des pratiques de hatha-yoga. Étonnamment, ils sont parvenus jusqu’à nous grâce à un soufi, un maître musulman, qui a traduit en persan un texte sanskrit aujourd’hui perdu, l’Amritakunda, devenu Bahr al-hayat, « L’Océan de vie ». Le précieux manuscrit illustré révèle la circulation des connaissances entre les ascètes yogis et les mystiques soufis, et le rapprochement de l’islam avec les traditions de l’Inde ancienne.

 

 

Yogi en garbhasana

Yogi en garbhasana (la « posture de l’embryon ») Illustration d’un manuscrit du Bahr al-hayat (« L’Océan de vie »)
École moghole, Allahabad, vers 1600-1604
Gouache sur papier
22,8 × 13,9 cm
Dublin, Chester Beatty Library, CBL In 16.18
© The Trustees of the Chester Beatty Library, Dublin

Yogi pratiquant nauli kriya

Yogi pratiquant nauli kriya (le « brassage abdominal ») Attribué à Govardhan
Illustration d’un manuscrit du Bahr al-hayat (« L’Océan de vie ») École moghole, Allahabad, vers 1600-1604
Gouache sur papier
22,8 × 13,9 cm
Dublin, Chester Beatty Library, CBL In 16.19
© The Trustees of the Chester Beatty Library, Dublin

 

Yogi pratiquant khecharimudra

Yogi pratiquant khecharimudra (le « sceau de Khechari ») Illustration d’un manuscrit du Bahr al-hayat (« L’Océan de vie ») École moghole, Allahabad, vers 1600-1604 Gouache sur papier 22,8 × 13,9 cm Dublin, Chester Beatty Library, CBL in 16.24 © The Trustees of the Chester Beatty Library, Dublin

 

 

Bienvenue, donc, dans la rotonde du musée Guimet, même si vous n’êtes pas féru.e d’histoire des religions de l’Inde, même si vous ne pratiquez pas le yoga, ou êtes néophyte !

A fortiori, si vous êtes enseignant.e.s, vous y reconnaîtrez vos grands ancêtres…

 

L’attrait esthétique pilote la connaissance pour pénétrer le monde mystérieux et fascinant des yogis et des ascètes. Avec le plaisir des yeux, les pratiquants d’aujourd’hui découvrent le riche terreau sur lequel le yoga s’est développé au-delà des frontières artificielles posées par les dogmatismes religieux.

 

Yoga. Ascètes, yogis, soufis.

Du 2 février au 2 mai 2022.

Musée Guimet, Paris

https://www.guimet.fr/event/yoga-ascetes-yogis-soufis/

 

 

 

 

Illustration de l’article :

Réunion d’ascètes et de yogis autour d’un feu
Attribué à Ghulam ‘Ali Khan ou un artiste de son cercle
Inde, Delhi, vers 1820-1825
Gouache et aquarelle sur papier
41,5 × 54 cm
Paris, MNAAG, achat (2005), MA 12123
Crédits © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

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